Archive pour septembre 2011

La journaliste Marion Valière-Loudiyi a effectué une interview de Nob, créateur de Mamette, qui était à l’honneur cette année aux Rencontres du 9e Type.

Nob et sa Mamette

Le 2 e festival des bandes dessinées  » Les Rencontres du 9 e type  » aura lieu vendredi et samedi à Poitiers. Un des invités en sera Nob, alias Bruno Chevrier.

Vous avez des liens avec le Poitou. Quels sont-ils ?

« Je n’ai jamais vécu ici, mais ma famille est originaire de Gençay, du côté paternel, et de Blanzay, du côté maternel. Je passais mes vacances ici. J’adorais aller chez mon oncle Pierre Chevrier qui avait une grande collection de bandes dessinées. Puis c’était magique de le voir dessiner. J’ai des bons souvenirs de ce qu’il faisait au centre culturel de Gençay. »

Votre personnage de Mamette est inspiré de votre grand-mère gençéenne, Arlette Chevrier…

« Et de celles que j’ai pu croiser partout, même à Barcelone où j’ai vécu. C’est un peu la grand-mère de tout le monde. Mais oui, je me suis inspiré de ce que j’ai vécu chez elle. J’ai essayé de piocher dans mes sensations d’enfance et les souvenirs qu’il me reste. Le mari de Mamette est aussi parti de mon grand-père Jacques, et puis son fils ressemble à mon père… Il y a une grosse inspiration familiale qui sert de squelette à la série. Dans ma tête, ça se passe vers Gençay ou Poitiers, mais il n’y a pas d’indice qui permette aux lecteurs de penser ça. Ça peut très bien se passer dans la petite ville à côté de chez lui. Dans ma nouvelle série, les Souvenirs de Mamette, je suis partie de ce que mémé Arlette me racontait de sa jeunesse et des histoires familiales que je connaissais et j’ai mélangé ça avec des éléments de chez ma grand-mère maternelle. C’est une recréation de l’histoire familiale où je mélange un peu tout. Comme je raconte son enfance à la ferme, c’est plus du côté maternel, où je me suis inspirée de leur ferme vers Blanzay. Mais maintenant, ce personnage est vraiment indépendant de tout ça. »

Comment, lorsqu’on est un jeune homme, on a envie de dessiner des histoires de personnes âgées ?

« Tout au début, lorsque je suis arrivé au magazine de Titeuf, “ Tchô ”, il n’y avait que des personnages d’enfants ou d’adolescents. J’avais envie de prendre le contre-pied des autres séries du journal. Ma grand-mère Arlette était décédée depuis un an. En y repensant, je pense que ça a dû jouer. Mais le projet n’était pas au point, je l’ai donc mis dans mes tiroirs pour le ressortir quelques années plus tard, en 2005. Entre-temps, je suis devenu papa, j’étais plus mature pour parler des relations intergénérationnelles et du temps qui passe. Mamette ne parle pas de la vieillesse, mais des rapports entre les générations. »

Ce n’était pas une prise de risque ? Ils n’ont pas eu peur chez Glénat ?

« Moi, j’avais envie d’une mamie qui soit jeune dans sa tête mais super-classique dans sa représentation. Ça pouvait sembler rebutant pour une série jeunesse. J’ai proposé à mon directeur de collection d’essayer quatre pages dans “ Tchaô ” et si ça ne plaît pas, qu’on s’arrête là. Finalement, ça a accroché assez vite. Avec un public adulte autant que par les enfants. »

Il n’y a pas beaucoup de bande dessinée dont c’est le cas…

« On est plutôt dans une époque où les éditeurs cherchent à s’adresser à des publics ciblés, des populations très précises. Là, c’est l’inverse. Je suis content de voir en dédicace des enfants qui viennent faire dédicacer les albums pour leurs grands-parents, et inversement des grands-parents qui les font dédicacer pour les offrir à leurs petits-enfants. Les albums tournent dans les familles. Ça me fait super-plaisir. »

Votre référence est Goscinny qui justement a réussi à faire ça avec Le Petit Nicolas…

« Et Astérix, oui. Qu’on les lise à 10 ans ou à l’âge adulte, on ne lit pas la même chose. Moi, j’ai commencé Astérix quand j’avais 6 ans, je ne savais même pas lire. Aujourd’hui, je tombe encore sur des choses qui m’avaient échappé dedans. J’essaie de faire en sorte que mes BD soient lisibles très tôt également. »

Comment vous est venue l’idée de faire parallèlement la série Les Souvenirs de Mamette ?

« Les enfants ont du mal à s’imaginer que leurs grands-parents aient été enfants. Je m’étais dit que c’était bien de montrer que Mamette a été enfant. Dans les deux premiers tomes, il y avait une ou deux pages où on la voyait petite fille. Ça me permettait de raconter ce qu’était la vie à la ferme. Mais j’étais frustré de ne pas pouvoir en mettre plus. J’avais envie d’un format plus petit avec des histoires beaucoup plus longues. Etre plus proche du roman littéraire que d’une succession de gags. »

Est-ce que Mamette sortira un jour en dessin animé comme votre autre série Mon ami Grompf (sur France 3 dans l’émission de Titeuf, le mercredi matin, ndlr) ?

« On me l’a proposé. Ça arrivera peut-être un jour… Mais une série en dessin animée est forcément cataloguée jeunesse. On y perdrait beaucoup. Ça serait plus adapté en long-métrage. Seul le cinéma permet de toucher plusieurs générations à la fois. »

Vous en avez déjà un spectacle…

« Ça a été fait au salon de Blois en 2009 suite au Prix de l’Enseignement qu’avait reçu Mamette. C’était dans un cadre scolaire, avec un comédien de Tours. Ce spectacle raconte Mamette via les personnages secondaires. Pendant ce temps-là, moi je dessine derrière. On le joue de temps à autre, quand on nous le demande. »

Êtes-vous au courant de ce qui se prépare à Poitiers pour votre venue au festival ? Il y a déjà eu des expositions sur Mamette ?

« Une à Blois qui a tourné un peu. À Poitiers, ce sera une nouvelle création. Je ne savais pas qu’ils allaient créer une scénographie avec quatre cases et les personnages en volume. Je trouve l’idée très chouette. Je l’ai vue sur le blog de l’association. J’ai hâte de découvrir ça. »

De quelles séries vous parle-t-on le plus entre Bogzzz, Mon ami Grompf et Mamette ?

« On me parle beaucoup de Grompf, parce que ça passe à la télé. La série Bogzzz est arrêtée. La série dont on me parle le plus reste Mamette et Les Souvenirs de Mamette. Maintenant, les enfants commencent par celle-ci et c’est après qu’ils ont envie de savoir ce qu’elle est devenue une fois grand-mère. »

Avec toutes vos activités, pourquoi continuer à être coloriste pour les albums de Titeuf ?

« J’ai toujours été coloriste. Quand j’ai démarré dans la BD, dans le magazine “ Tchô ” et avec ma première série Bogzzz, j’ai continué pour un copain… Je continue d’autant que mon épouse le fait aussi. Cela nous permet de travailler ensemble, à domicile. On a fait plusieurs séries, sous le nom de Bruno Garcia. Pour Titeuf, c’est sous le nom de Bruno Chevrier. Zep est lui-même un super-coloriste, il faisait toujours ses albums. Mais pour le tome XI, il était très en retard. Comme j’ai adoré les débuts de Titeuf, qui m’ont beaucoup influencé, quand il m’a dit qu’il cherchait un coloriste, je lui ai dit que j’adorais mettre en couleurs ses Titeuf. Il a été tellement content des essais qu’il m’a proposé de prendre la suite pour les autres albums. J’ai même recolorisé le tome I, sorti en noir et blanc à l’époque. C’est un plaisir en fait. Ça me permet aussi de me couler dans le style d’autres auteurs et de continuer à apprendre. Quand on est toujours auteur sur ses propres séries, on est dans son monde. Ça fait du bien d’en sortir. »

Pourquoi avoir arrêté la rédaction en chef de « Tchô »?

« Je m’y suis toujours senti bien. J’y suis resté 6 ou 7 ans. Je me suis occupé de l’adaptation dans son format actuel. J’ai vu arriver plein d’auteurs qui n’avaient jamais publié. C’est très excitant de voir des auteurs éclore. Mais ça prend beaucoup de temps. Les mensuels s’enchaînent et je n’avais pas le temps de concrétiser d’autres projets comme Mamette, et de travailler sur le projet d’animation de Grompf dont j’ai suivi de près la préproduction… »

(Version longue de l’article paru dans Centre Presse et La Nouvelle République le 26 septembre 2011. Reproduit avec l’autorisation de son auteur. Droits photos réservés). Source.

Rencontre autour de la bande dessinée à contraintes

La bande dessinée à géométrie variable : un terrain de jeu littéraire et mathématique.

L’animateur de la rencontre, Julien Misserey, de l’association Chifoumi, a compilé une bibliographie sur le sujet, ici reproduite.

Bibliographie sélective autour de l’OuBaPo. entre autres défrichages.
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L’Ouvroir de Bande dessinée Potentielle recense plusieurs ouvrages qui sont autant
de brillantes démonstrations des possibilités du médium en lui-même.
Évidemment, les Oupus 1, 2, 3 et 4 (L’Association) sont les premiers livres auxquels
on songera : les auteurs qui composent l’OuBaPo y présentent quelques-uns de
leurs travaux, avec un soin consacré à l’explication des nombreuses contraintes
développées au fil des exercices mis en place…
Bien d’autres livres peuvent être considérés comme affiliés à l’OuBaPo, voire faisant
partie de la bibliothèque oubapienne ; la liste ci-dessous comporte certains de
ces ouvrages, et d’autres pouvant être également intéressants à rapprocher de la
mouvance oubapienne (en tenant notamment compte de la jolie notion de « plagiat
par anticipation » attribué souvent à Verbeeck, par exemple).

– « Little Nemo » de Winsor McCay : déconstruction quasi-systématique (1905-1915)
– « Quick et Flupke » d’Hergé : les personnages font du ski hors case, ou se
gomment eux-mêmes (1930 et après).
– « Philémon », de Fred (Pilote, 1965).
– « Cercle Vicieux », d’Etienne Lécroart (L’Association, 2000).
– « Le Dormeur », de Lewis Trondheim (Cornelius).
– « Moins d’un quart de seconde pour vivre », de Lewis Trondheim et J-C Menu
(L’Association).
– « Les Aventures de Julius-Corentin Acquefacques », de Marc-Antoine Mathieu
(Delcourt).
– « Jean qui rit, Jean qui pleure », de François Ayroles (L’Association).
– « Nogegon », de Luc et François Schuiten.
– « La Nouvelle aux pis », de Blanquet (Cornélius).
– « TNT en Amérique », de Jochen Gerner (L’Ampoule).
– « Les Trois Chemins », de Lewis Trondheim et Sergio Garcia (Delcourt).
– « Coquetèle », d’Anne Baraou et Vincent Sardon (L’Association, 2002).
– « Omelette », de Jean-Christophe Menu (L’Association).
– « Morphologie variable », de Stéphane Blanquet (L’Association, 2001).
– « Le Lombric », de Blanquet (Cornélius).
– « 99 exercices de style », de Matt Madden (L’Association).
– « Comique trip », de Benoît Jacques (Benoît Jacques Books, 2001).
– « L’Art invisible », de Scott McCloud (Vertige Graphic, 1999).

Les livres de Pascal Jousselin :
– « Somewhere Else », de Pascal Jousselin (Milan/Treize Etrange, Glénat, 2007-
2008).
– « Voltige et Ratatouille », de Pascal Jousselin et Brüno (Milan/Treize Etrange,
2004…).
– « Les Aventures de Michel Swing », de Pascal Jousselin et Brüno (Milan/Treize
Etrange, 2007).
Ceux de François Ayroles :
– « Nouveaux Moments clés de la bande dessinée », de François Ayroles (Alain
Beaulet, 2008)
– « Jean qui rit et Jean qui pleure », de François Ayroles (L’Association, 1995)
– « Les lecteurs », de François Ayroles (L’Association, 2009)
– « Les amis », de François Ayroles (L’Association, 2008)
– « Les plumes », de François Ayroles et Anne Baraou (Dargaud, 2010)
– « Travail rapide et soigné », de François Ayroles (L’Association, 2007)
– « Jean-Pierre Léaud », de François Ayroles (Alain Beaulet, 2007)
– « Le Jeu des dames », de François Ayroles (Casterman, 2007)
– « Les Penseurs », de François Ayroles (L’Association, 2006)
– « Playback », de François Ayroles, Ted Benoît, d’après Raymond Chandler
(Denoël, 2004)
– « Les Parleurs », de François Ayroles (L’Association, 2003)
– « Enfer portatif », de François Ayroles (Casterman, 2003)
– « Incertain Silence », de François Ayroles (L’Association, 2001)
– « Notes mésopotamiennes », de François Ayroles (L’Association, 2000)

Et quelques repères chronologiques autour de la grande histoire de la bande
dessinée sous contraintes


1890 « Un Roman en quarante jambes », Jan Linse
1903 « The Upside-downs little lady lovekins and old man muffaroo », upside-down
pré-OuBaPo de Gustave Verbeeck
1904 « Little Nemo in Slumberland » de Winsor McCay
1913 « Krazy Kat » de Georges Herriman
1952 « Mad », par Harvey Kurtzman
1959 « Pilote », revue française (Fred)
1964 « Garo », revue japonaise
1972 « L’Echo des savanes », par Bretécher, Gotlib, Mandryka, dissidents de «
Pilote »
1974 formation du Groupe Bazooka (Kiki Picasso, Loulou Picasso, Olivia Clavel…)
1975 « Fluide Glacial », par Gotlib et Alexis
1975 « Arcade », revue par Art Spiegelman et Bill Griffith.
1980 « RAW », revue par Françoise Mouly et Art Spiegelman
1986 « Watchmen » d’Alan Moore et Dave Gibbons (DC Comics)
1990 première publication notable de Chris Ware (dans « Raw »)
1992 L’OuBaPo voit le jour (JC Menu, F. Ayroles, J. Gerner, E. Lécroart, L.
Trondheim, Killoffer…)
1992 « L’Art Invisible » de Scott McCLoud
1997 « Oupus 1 » édité à L’Association

Contact : Association ChiFouMi / PIERRE FEUILLE CISEAUX
c/o June Misserey, 43 rue de Belfort 25000 Besançon
encorejune@gmail.com 00.33.(0)6.32.71.76.00

Exposition Mamette

Salons de Blossac – Samedi 24 septembre
de 11h à 19h – entrée libre – Vernissage à 11h30

Un strip grandeur nature en quatre cases conçu par une poignée de passionnés dévoile le petit monde de Nob et de son personnage Mamette. L’adorable grand-mère, inspirée d’une Gencéenne, nous guide en quatre tableaux dans la ronde de ses souvenirs.
Cette exposition circulera dans toute la Vienne grâce à la Bibliothèque départementale de prêt durant les douze mois qui suivent le salon.
Exposition conçue et réalisée par : Laurence & Philippe Ory, Serge Fiedos, Dominique Ousset, Stéphan Hamache, Priscilla Saule et Corinne Dubreuil.

A lire ailleurs

  • Une interview de Nob réalisée par Marion Loudiyi de Centre Presse / La Nouvelle République (édition du 23 septembre 2011).
  • Un article, du même auteur, sur l’exposition

Rencontre Regards croisés
La bande dessinée à géométrie variable

Salons de Blossac – Samedi 24 septembre à 15h30 – entrée libre

Un terrain de jeux littéraires et mathématiques
Depuis son origine, la bande dessinée n’a cessé de travailler la forme et de jouer sur la structure de la page de façon parfois très savante. L’objet de la table ronde est de découvrir des acteurs de cette bande dessinée qui s’élabore soit par des contraintes formelles ou littéraires, soit par simple jeu de hasard. Nous espérons que le formidable potentiel créatif de la bande dessinée qui va être présenté, loin des genres commerciaux auxquels ce medium est trop souvent associé, attisera votre curiosité.

June Julien Misserey
Hyperactif du ciboulot, expert en BD sous contraintes, en musique et en tout ce qui sort des sentiers battus. Ses centres d’intérêt vont des Monty Python à la soudure à l’arc ! C’est lui qui a créé, entre autres, le fameux site pierrefeuilleciseaux.com ; allez donc y jeter un œil, vous comprendrez le vrai sens du mot hyperactif.

En présence de
François Ayroles – OuBaPo
Diego Agrimbau & Lucas Varela – Diagnostics
Pascal Jousselin – Les Aventures de Michel Swing

Animée par
Julien Misserey – Ass. Chifoumi.

Soirée d’ouverture
Duel graphico-musical

Vendredi 23 septembre à 19h30 – entrée libre
Au Pland B – 30 et 32 boulevard du Grand Cerf – barleplanb.fr
Prélude au festival, le Duel graphico-musical verra s’affronter son et image au cours d’un contest MP3-feutre : armé d’un lecteur mp3 rempli de votre meilleure sélection musicale, mesurez-vous aux dessinateurs invités du festival (en musique ou en dessin) au cours de ce match d’improvisation graphique.