Archive pour août 2017

Papa Zoglu
 

Il était une fois, à Gniezno, un prince riche qui a fait fortune dans le bétail. Il épouse la deuxième plus belle femme du pays car la première est hors-course (selon l’illustration avec Blanche-Neige), il a tout pour être heureux. Mais l’héritier tant attendu ne vient pas, jusqu’à l’arrivée d’une vieille qui produit le miracle demandé : tandis que la princesse « met bas » 77 veaux avant de trépasser, un garçon aux cheveux d’or ondulés et fine moustache sombre naît d’une vache de l’étable. C ‘est Zoglu, aussitôt enlevé par la vieille et emmené dans la nature. 7 ans plus tard le garçon est mis dehors, et il se met en tête de retrouver sa mère biologique.

Papa Zoglu est le récit épique et loufoque de ce prince aux vaches. En direction de l’Ouest, il parcourt un pays en proie aux guerres et aux famines avec la naïveté d’un Candide, chacune de ses actions ayant des conséquences inattendues sur son monde. Au gré des rencontres et des obstacles, parfois en proie au doute, parviendra-t-il à réussir sa quête ?

Chaque rencontre ou nouveau lieu fait l’objet d’un épisode à la fois absurde et plein de sens, aux dialogues finement écrits et drôles : des chevaliers teutoniques homosexuels au ramoneur albinos en passant par la dame éperdue d’amour physique qui porte une ceinture. Des surprises sont nichées dans le moindre détail du texte et de l’image que l’on cherche avec délectation, comme la gargouille triviale d’une église. Telle une tapisserie du Moyen-âge, on voyage dans la mise en page et on s’émerveille de l’éclat des couleurs, en particulier de la couverture à dorures qui promet une fable mythologique. On accompagne avec excitation l’itinéraire de Zoglu, gloussant d’un élément de décor, s’offusquant de la crudité d’un mot ou de la posture d’un personnage, s’étonnant de l’issue d’un épisode, à la fois comblé et déstabilisé par les mille et unes surprises du récit.

Sous-titré « Les prodigieuses pérégrinations du Prince aux vaches ou Grandeur et décadence de la ville de Gniezno », Papa Zoglu ouvre sur une citation de l’ancien testament et se clôture sur une de « Papa Zoglu » lui-même, défiant ainsi l’ordre du monde. Ainsi, le lecteur est sans cesse interpellé par les références littéraires, constamment détournées par l’auteur avec une ironie mordante toujours au service de l’histoire. Simon Spruyt joue sur les niveaux de lecture, faisant dialoguer le texte et l’image avec virtuosité jusqu’à pointer les défaillances de l’auteur lui-même, qui, bien qu’il tire les ficelles du jeu de la création, ne détient pas la vérité. Car surtout, comme le dit la vieille : « la magie, ça n’existe pas ».

Papa Zoglu
Scénario et dessins : Simon Spruyt
Editions Même pas mal – 96 pages

Chronique écrite par Julie Moraine