Archive pour avril 2018

Contes ordinaires
 

Cette bande dessinée d’Ersin Karabulut, satiriste turc dont c’est le premier album publié en France, réunit quinze contes qui ne sont pas des contes de fées, et qui ne sont pas à mettre entre toutes les mains. Les thématiques sont diverses (histoire d’amour avec une maladie, cannibalisme, inceste, sacrifices pour la gloire et la richesse) mais ont quand même en commun de dépeindre, dans leur majorité, une société résignée à son propre sort, dont l’échappatoire est une illusion, et l’espoir une porte entrouverte pour mieux être refermée aussi sec.
Dans ces récits, les personnages se déforment et deviennent aussi laids que la société les rend, un effet mis en exergue par un graphisme maîtrisé de bout en bout et un scénario utilisant avec justesse les codes du fantastique et de la dystopie pour mieux nous parler de notre monde.
Une lecture aussi fascinante que dérangeante, un regard désabusé, lucide, et parfois étrangement comique et incongru de la société moderne ou de la vision du futur de celle-ci. Un humour noir au service de la bizarrerie pour mieux nous parler de nous.

Contes ordinaires d’une société résignée
Scénario et dessin : Ersin Karabulut
Editions Fluide Glacial – 80 pages

Chronique écrite par Florian R. Guillon (qui ne se contente pas de lire de la BD, il en écrit et en dessine aussi.)

 
 

Voici la sélection de 5 ouvrages que l’association vous propose de lire en ce mois d’avril.

Groupe de lectures
« Le Troisième Fils de Rome » – Tome 1 de Laurent Moenard et Stefano Martino
« Le Suaire » – Tome 1 de Gérard Mordillat, Jérôme Prieur et Eric Libergé
« Hillbilly » de Eric Powell
« Ceux qui restent » de Josep Busquet et Alex Xöul
« Une douce odeur de café » de Naoto Yamakawa

Rendez-vous le 02 mai à 20h au Biblio-café pour élire votre favori !

Souvenirs d'Emanon
 

Sur la superbe couverture de cet album, on découvre Emanon, une jeune fille qui a la particularité de porter toute la mémoire du monde depuis qu’il y a la vie sur Terre. Lors d’un voyage en bateau entre les îles du Japon, elle rencontre un jeune garçon, et tous deux discutent et tentent de trouver un sens à sa mémoire. Ils échangent leurs théories qui voyagent entre la philosophie et la mythologie. Ainsi, le lecteur se laisse emporter par ce double voyage, au sens propre et au figuré.
La narration est très fluide, avec un bon équilibre entre les pauses et l’action, alternant les moments contemplatifs sans texte et les dialogues complexes et pleins de références. Si on voit les indices d’une histoire d’amour, celle-ci n’arrive jamais à commencer – du moins dans le sens que nous, mortels avec une mémoire circonscrite à quelques années, l’entendons. Comme dit Emanon : « Quand on a l’éternité, il n’y a pas de différence entre dix années ou quelques heures ».
L’auteur ne nous livre pas de conclusion qui explique tout, mais nous laisse avec la certitude d’une perpétuelle continuation (de mère à fille ad infinitum) qui nous laisse dans l’interrogation.

Souvenirs d’Emanon
Scénario et dessin : Kenji Tsuruta
Editions Ki-Oon – 172 pages

Chronique écrite par Ricardo Cabrita