Archive pour juin 2019

Séance exceptionnelle pour le groupe de lectures, en présence de l’auteur Timothé Le Boucher (« Le patient », « Ces jours qui disparaissent »…). Les 5 ouvrages de la sélection ont été choisis par l’auteur, qui débattra avec les autres lecteurs, en apportant son regard de professionnel :

Groupe de lectures
« Hollywood menteur » de Luz
« Cassandra Darke » de Posy Simmonds
« La princesse de Clèves » de Claire Bouilhac et Catel Muller, d’après Madame De la Fayette
« La traversée » de Clément Paurd
« Les liens du sang » de Shuzo Oshimi

Nous vous donnons rendez-vous mercredi 12 juin au Manhattan cafe (26 place Alphonse Lepetit) pour venir débattre et élire le(s) nouveau Coup(s) de Cœur. Vous pourrez également découvrir la sélection de juin.

L'espion qui croyait
 

L’Espion qui croyait s’attache à un aspect assez méconnu de la Seconde Guerre Mondiale : la résistance allemande au Nazisme. Plutôt que d’essayer de nous donner une vision globale et exhaustive, John Hendrix prend le parti d’une biographie graphique du pasteur Dietrich Bonhoeffer (04/02/1906 – 09/04/1945), une des figures de cette résistance ayant pris part aux tentatives d’assassinats d’Hitler. Le récit ici s’articule de manière chronologique avec une mise en parallèle des épisodes de la vie du pasteur Bonhoeffer et l’histoire de l’Allemagne.

Sur le plan du traitement graphique le livre fonctionne beaucoup sur un système en double pages où le texte vient se superposer au dessin. Nous avons d’ailleurs ici plus un roman graphique qu’une bande dessinée du fait du peu de pages découpées selon schéma classique « cases et phylactères ». Un autre élément qui peut dérouter le lecteur est le choix des couleurs : essentiellement une bichromie rouge et verte, rappelant les effets de stéréoscopie 3D.

Deux reproches que l’on pourrait faire à ce roman graphique. Le premier est la répétition quelque peu trop récurrente de l’expression « le monstre Hitler » (ce qu’il était). Cette dernière peut d’ailleurs sembler être, pour l’auteur, une assurance contre toute possible accusation d’apologie du Nazisme. Le second, plus anecdotique, est l’absence du lunettes stéréoscopiques qui auraient pu apporter une autre expérience de lecture.

L’Espion qui croyait est aussi un livre d’Histoire, résultat d’un riche travail de recherche, comme en témoigne la bibliographie en annexes. Cette densité historique prend le temps de se développer tout au long de ces plus de cent cinquante pages sans nuire à fluidité de la lecture. Elle rend le récit même plus passionnant encore et est une invitation à en savoir plus sur cette période.


L’espion qui croyait
Scénario et dessins : John Hendrix
Editions Steinkis – 184 pages

Chronique écrite par Thomas Regdosz

 
 
Les Sanson et l'Amateur de souffrances
 

Après une chute de cheval, le soldat Charles Samson est recueilli par une jeune femme, Marguerite. Alors qu’une relation se noue entre eux, Charles découvre que le père de Marguerite est bourreau, et qu’en épousant celle-ci, il héritera également de la fonction. C’est ainsi que débuta la dynastie des Sanson, la plus célèbre famille de bourreaux de l’histoire de France, s’étendant sur six générations.
Le premier tome de cette série nous propose un habile mélange de récit historique et de fantastique. Loin du cours magistral, le parcours du bourreau est romancé, et les éléments historiques sont distillés par petites touches au fil des planches, ajoutant du corps à l’histoire sans alourdir la narration. On en apprend ainsi sur les privilèges des bourreaux tels que le droit de havage. Les auteurs ont cependant ajouté un élément fantastique important avec le personnage mystérieux de « l’Amateur de souffrances ». Outre le fait qu’il permette de construire une trame globale qui va lier les destins des différentes générations de bourreaux, ce personnage introduit un questionnement sur la peine capitale, et permet d’humaniser les bourreaux en abordant des questions d’éthique et de morale.
Le traitement graphique sobre et jouant sur les ombrages colle bien à l’ambiance du récit, et l’alternance bien dosée entre éléments historiques et fantastiques nous donne envie de découvrir la suite de cette trilogie.


Les Sanson et l’Amateur de souffrances
Scénario : Patrick Mallet
Dessins : Boris Beuzelin
Éditions Vents d’Ouest – 96 pages

Chronique écrite par Timothée Lebrun

 
 
Malaterre
 

Gabriel Lesaffre est un salaud mais un bon salaud. Seul garçon d’une famille bourgeoise d’après guerre, Gabriel grandit en montrant une certaine réticence à toutes formes d’autorité. Ceci ne l’empêchera pas pour autant de trouver un poste de commercial et surtout sa femme Claudia, mère de ses trois enfants. Auprès d’elle, il modérera son goût pour l’alcool, les femmes et les affaires mais pour un temps seulement. Ses vieux démons auront tôt fait d’avoir raison de cette vie familiale trop tranquille. Après un divorce consommé et voulant regagner la gloire perdue de sa lignée, Gabriel rachète le domaine familiale et convainc ses deux aînés de le suivre et s’installer en Afrique. Les deux adolescents y découvriront la vie d’expatriés, la jungle, une certaine autonomie et peu à peu le vrai visage de leur père.

Après « Pereira prétend », Pierre-Henry Gomont nous embarque dans une saga familiale entre fiction et biographie en commençant par la mort de son personnage principal. La construction narrative tout en flash-back et courts chapitres crée une proximité et une empathie qui nous pousse à mieux comprendre les choix et vie de ce protagoniste hautement détestable.
Le dessin dynamique et envolé, à l’image de Gabriel en mouvement perpétuel, est appuyé par des couleurs puissantes et notamment une dominante verte qui rappelle la jungle luxuriante environnante.
La véritable justesse de la transcription des émotions ainsi que le soin particulier apporté à la mise en scène font de Malaterre un indispensable dans sa bédéthèque.


Malaterre
Scénario et dessins : Pierre-Henry Gomont
Dargaud – 192 pages

Chronique écrite par Julie Guimbelet

 
 
Spirou, l'espoir malgré tout
 

Imaginez votre quotidien bouleversé par l’invasion subite d’une armée étrangère. Nous sommes en Janvier 1940 à Bruxelles, l’Allemagne décide d’envahir la Belgique.
C’est ainsi que commence que ce premier tome, d’une série de quatre, de Spirou. Émile Bravo nous invite à suivre cet évènement dont on parle peu : L’invasion de la Belgique et comment le système nazi parvint à s’imposer. Loin du manichéisme, nous voyons au fil des pages l’incompréhension des populations et l’innocence de croire que, malgré la guerre, rien de terrible ne peut arriver. Émile Bravo réussit à rendre compte de l’ignorance dans laquelle les gens étaient tenus.

Sur fond de grande histoire, nous allons suivre les aventures de Spirou, qui tente de venir en aide à des amis et de savoir ce qu’il advient de sa fiancée en Allemagne. Ces aventures mettent en place une grande palette de personnages secondaires tous variés et intéressants dans leur réaction face à l’invasion allemande. Nous avons même l’opportunité de voir certains personnages évoluer et s’adapter face aux nouvelles règles imposées par la guerre.
Mais que serait Spirou sans Fantasio ? Ici nous avons un Fantasio qui montre comment un citoyen plein de bonnes volontés et naïf peut se faire duper par la propagande qui fut mise en place par le système nazi. Par ailleurs, les nombreuses discussions entre Spirou et Fantasio permettent d’introduire de nombreux débats intéressants.

C’est un premier tome dense, riche et enrichissant mais très bien réalisé. Les membres de l’association 9ème art en Vienne en recommandent la lecture !


Spirou – L’espoir malgré tout (première partie)
Scénario et dessins : Émile Bravo
Dupuis – 88 pages

Chronique écrite par Amélie Bacle