La loterie

 
 

Dans un village de l’Amérique rurale des années 40, on voit deux hommes s’affairer à la préparation d’une loterie, avec beaucoup de sérieux, et même une certaine solennité. On sent le poids d’une tradition très ancienne dans chacun de leurs gestes ainsi que dans la suite du déroulement. Pour un moment qu’on imagine volontiers festif, personne ne semble se réjouir, les visages sont fermés, et on devine rapidement qu’on n’est pas en train d’assister à une loterie ordinaire, mais plutôt à une sorte de rituel, à une cérémonie dont l’issue ne sera pas forcément réjouissante.

Quelques villageois tentent bien d’échanger des propos anodins, mais le cœur n’y est pas, on a l’impression qu’ils ont tous hâte d’en finir. La tension est palpable et on sent que quelque chose de tragique est en train de se tramer. Cette montée en tension, Miles Hyman nous la fait presque exclusivement ressentir par le dessin, car les personnages parlent peu. Quand arrive le dénouement, on comprend que les participants à cette cérémonie n’aient pas envie de bavarder…

Le dessin au crayon et au pastel, très doux et apaisant, contraste avec la noirceur de l’histoire. Le style pictural rappelle les peintures d’Edward Hopper et le dessin de Shaun Tan, auteur de Là où vont nos pères.

Signalons la présence d’une postface passionnante qui, outre une biographie de Shirley Jackson, grand-mère du dessinateur et auteur de la nouvelle qui a inspiré l’album, expose les réactions des lecteurs suite à la parution de la nouvelle en 1948 dans le New Yorker Magazine : le style réaliste du texte et le fait qu’il soit paru dans un journal a laissé penser à certains lecteurs qu’il s’agissait d’un reportage et a suscité des réactions allant de l’incompréhension à l’indignation, en passant par le dégoût.

Le lecteur ne sortira pas indemne de la lecture de cet album qui aborde des thèmes universels tels que la force de l’habitude ou la lâcheté, et se posera sans doute la question : « Qu’aurais-je fait à leur place? »

La loterie
Scénario et dessins : Miles Hyman, d’après Shirley Jackson
Editions Casterman

Chronique écrite par Sylvain Rochat

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