La terre des fils

 

« Sur les causes et les motifs qui menèrent à la fin, on aurait pu écrire des chapitres entiers dans les livres d’histoires. Mais après la fin aucun livre ne fut plus écrit ».
C’est sur ces mots que Gipi nous plonge dans « La terre des fils » : un monde désolé, une nature polluée ou seuls semblent vivre encore un père et ses deux fils. Pour protéger ses fils et leur permettre de survivre dans cet environnement sans pitié, le père opte pour une éducation à la dure, à coups de trique, en se concentrant sur les aptitudes essentielles à la survie : se battre, chasser, dépecer le gibier. Pourtant, chaque soir, il s’isole pour griffonner dans un mystérieux cahier noir, que ses fils illettrés ne peuvent déchiffrer…

Une des grandes forces de « La terre des fils » est de nous placer à la même hauteur que ces derniers : on ignore tout du passé et des causes de la situation, et on découvre le monde qui les entoure une rencontre après l’autre. Le trait de plume de l’italien Gipi, qui renonce à la couleur pour cet album, rend parfaitement l’ambiance âpre de ces lieux étranges. La fascination des enfants pour l’indéchiffrable cahier du père y est magnifiquement rendue, dans une série de pages poignantes.

« La terre des fils » est un album dur, qui prend aux tripes. Le récit n’est pas joyeux, et est parfois même très violent, mais sans aucune complaisance. Il n’est en revanche pas pessimiste, et on sent poindre l’espoir quand les enfants découvrent tour à tour la tendresse, ou le pouvoir des mots.

La terre des fils
Scénario et dessins : Gipi
Editions Futuropolis – 288 pages

Chronique écrite par Paul Ferret

 
 

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